Evita, asexuelle de 28 ans

Je ne connaissais pas cette notion d’asexualité. Pourtant, bien avant que les médias en parlent, bien avant même que David Jay ne crée l’AVEN, Gianni se qualifiait ainsi, et en parlait parfois autour de lui, mais à peu de personnes. Un entourage dont je fais partie.

Cela m’avait interpellée, mais je ne me posais pas vraiment de questions non plus.

Pourtant, dès l’adolescence, j’avais pu noter la différence avec mes copines. Elles avaient des pulsions, des désirs, se pâmaient devant les beaux mecs, y compris devant les pages de magazines. « Il est beau, oui, et alors ? » Voilà ce que je pensais, mais sans trop oser l’avouer ! Elles fondaient devant les pectoraux de l’un, la tablette de chocolat de l’autre, les fesses du troisième… Alors que je n’étais, de mon côté, nullement curieuse de savoir ce qui se trouvait sous le visage ! La masturbation ? Pour quoi faire ? N’est-ce pas une histoire d’homme ?

Je pensais que cela viendrait quand je rencontrerai l’homme de ma vie. Et je l’ai rencontré. Pourtant, je n’étais pas plus curieuse de connaître son corps. Je craquais devant son regard, était en parfaite harmonie cérébrale, mais rien d’autre ! Par amour, j’ai accepté de faire l’amour avec lui. Je voulais lui faire plaisir, lui donner ce qu’il voulait.

J’avoue avoir eu du plaisir, connaître l’orgasme… Pourtant, je n’éprouvais toujours pas de désir ! Jamais je n’ai fait le premier pas ! Jamais ! Je n’ai jamais eu cette impression de manque dont en parle souvent. Non, rien ! Il voulait faire l’amour ? Ok ! Il ne voulait pas ? Parfait !

Blas est mort tragiquement en 2001. Ma vie sexuelle est morte au même moment. Depuis sa disparition, je n’ai jamais éprouvé le désir de coucher, ni de me masturber.

Il y a un an, Gianni m’a parlé de son action au sein de l’AVEN, de l’interview qu’il venait de faire. Je tombais un peu des nues de voir la proportion d’A ! J'y ai découvert « ce que je suis ».

Evita